Depuis l’invasion du territoire ukrainien par la Russie en février 2022, l’Ukraine est devenue une destination privilégiée du « tourisme noir » ou « thanatourisme« , qui désigne le fait de se rendre dans des lieux où la mort a laissé des traces.
L’Ukraine n’est pas le seul pays concerné : l’Afghanistan, le Mexique ou la Corée du Nord attirent ces « thanatouristes« , que certaines agences touristiques appâtent en proposant des circuits payants en zones de conflit.
En Ukraine, une dizaine d’agences touristiques proposent depuis 2022 des visites dans des zones ravagées par la guerre. War Tours affirme ainsi avoir pris en charge depuis janvier une trentaine de clients européens et américains, qui paient 150 à 250 euros le circuit. L’Américain Nick Tan est de ceux à qui Kiev n’a pas suffi. En juillet, il est allé à Kharkiv, à une vingtaine de kilomètres du front, pour « se prouver quelque chose, car la vie en Occident est trop confortable ».
Le phénomène du tourisme noir n’est pas circonscrit à l’Ukraine. Au Mexique, des agences proposent de se mettre dans la peau d’un migrant tentant de traverser illégalement la frontière, ainsi qu’en atteste le journaliste néo-zélandais David Farrier.
Tous les « thanatouristes » ne paient pas les services d’agences touristiques. Certains se rendent seuls en zone de conflit. Parmi leurs destinations, l’Afghanistan. Depuis le retour du pays aux mains des talibans il y a trois ans, « le nombre de touristes n’a fait qu’augmenter, passant de 691 en 2021 à 7 000 en 2023″, relève le quotidien britannique L’Express. Amateurs de « tourisme noir », le britannique Andrew Drury affirme auprès de CNN s’y être rendu, de même qu’en Corée du Nord.
Certains de ces « thanatouristes » prétendent même en faire carrière. C’est le cas d’Alberto Blasco Ventas, un ingénieur informatique espagnol de 23 ans. Outre sa visite d’Irpine, ville ukrainienne dont le pont a été détruit pour freiner l’avancée russe, sa chaîne Youtube aux 115 000 abonnés compte une vidéo où il s’approche de « la frontière la plus dangereuse » au monde, entre Chine, Russie et Corée du Nord.
Sans surprise, le phénomène du « tourisme noir » fait polémique. Mykhaïlyna Skoryk-Chkarivska, élue locale d’Irpine (Ukraine), note que certains habitants ne comprennent pas pourquoi des étrangers viennent « voir leur chagrin ».
Toujours est-il que la demande pour ce type de voyages est vouée à augmenter, même si elle soulève « beaucoup de questions éthiques« , selon Mariana Oleskiv, présidente de l’Agence nationale pour le développement du tourisme en Ukraine. Le pays prépare d’ailleurs déjà l’après-guerre, signant des accords avec Airbnb ou TripAdvisor. « La guerre a braqué les projecteurs sur l’Ukraine. Notre marque est donc plus forte, tout le monde connaît notre pays », conclut Mariana Oleskiv.
WWW.LADEPECHE.FR