INFRASTRUCTURE FERROVIAIRE : LEVIER DE CROISSANCE DU COMMERCE EN AFRIQUE

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Alors que les économies africaines continuent de se diversifier et de croître en moyenne d’environ 4 % d’une année sur l’autre, le transport des marchandises à travers le continent devient plus complexe, sensible au temps et stratégiquement important. Les ports sont des portes d’entrée essentielles pour le commerce international, mais l’efficacité des systèmes commerciaux africains dépend en fin de compte de l’intérieur des terres, selon la rapidité avec laquelle les marchandises circulent entre les ports, les centres industriels et les marchés de consommation.

Les infrastructures de transport, y compris le chemin de fer, sont reconnues comme essentielles au développement économique et à l’intégration régionale en Afrique. La Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (UNECA) note que le transport, y compris le rail, verra une augmentation des volumes de fret d’environ 28 % d’ici 2030, alors que l’Aire de libre-échange continentale africaine (AfCFTA) élargit les flux commerciaux, mais cette opportunité dépendra de la mise en œuvre de projets d’infrastructures régionaux.

Dans de nombreux marchés africains, la croissance du commerce est moins limitée par la capacité maritime que par la connectivité intérieure. Les longues distances et les infrastructures limitées exercent une pression sur les chaînes d’approvisionnement, en particulier le long des corridors reliant les pays enclavés aux ports maritimes. À mesure que les volumes augmentent, ces défis deviennent plus prononcés. Le rail, lorsqu’il est opérationnel et stratégiquement intégré, offre capacité, cohérence et une alternative au transport axé sur la route.

LE RÔLE DU CHEMIN DE FER DANS LA CONNECTIVITÉ INTÉRIEURE

La valeur du rail n’est pas théorique. Lorsque l’infrastructure existe, les trains peuvent transporter des volumes qui nécessiteraient autrement des dizaines de camions, réduire la congestion routière et améliorer la pérennité du flux de marchandises. Dans les corridors commerciaux africains à longue distance, cet avantage d’échelle devient de plus en plus important à mesure que le commerce régional s’étend.

Le rail offre également des avantages mesurables en matière de sécurité et de sûreté. Comparé au fret routier, le transport ferroviaire enregistre généralement moins d’accidents par tonne-kilomètre, en particulier sur les lignes long-courriers dominées par le trafic de camions lourds. Les lignes ferroviaires dédiées réduisent l’exposition aux risques de trafic mixte et limitent les points de manutention des marchandises, améliorant ainsi l’intégrité de l’expédition. Pour les propriétaires de fret, cela se traduit par une réduction de l’exposition aux pertes, une meilleure fiabilité et une résilience accrue de la chaîne d’approvisionnement.

Une autre des contributions les plus significatives du rail à l’efficacité commerciale est la prévisibilité. Les trains sont moins exposés à la congestion du trafic, à la détérioration des routes et aux perturbations liées aux intempéries, ce qui permet des temps de transit plus réguliers sur de longs corridors. Cette prévisibilité renforce la planification des stocks, la planification de la production et l’alignement avec les services maritimes. Alors que les économies cherchent à développer le commerce régional, la capacité à déplacer des volumes plus importants vers l’intérieur des terres avec fiabilité et un risque réduit devient un avantage stratégique.

CONTEXTE POLITIQUE ET INTÉGRATION RÉGIONALE

Le rôle stratégique du rail s’aligne également avec les objectifs de la politique continentale. L’AfCFTA, qui vise à étendre le commerce intra-africain, augmentera la demande de fret sur tous les modes de transport, y compris le rail, mais la réalisation de ces gains nécessite des investissements dans les infrastructures de transport. L’ UNECA souligne que doubler les volumes de fret dans le cadre de l’AfCFTA nécessitera une expansion substantielle des réseaux de transport principal et des wagons, y compris le rail.

L’infrastructure de transport va au-delà du transport de biens. Elle s’étend à soutenir une intégration plus large en reliant les nœuds économiques et en abaissant les barrières au commerce transfrontalier. Des corridors ferroviaires robustes complètent les accords commerciaux en réduisant les frictions physiques qui peuvent annuler des réductions tarifaires lorsque les coûts de transport restent élevés.

DURABILITÉ ET RÉSILIENCE À LONG TERME

La durabilité est une considération de plus en plus importante pour les chaînes d’approvisionnement à l’échelle mondiale. Le fret ferroviaire est généralement plus économe en énergie et produit 76 % de CO₂ en moins par tonne-kilomètre que le fret routier grâce à une meilleure efficacité énergétique et une demande énergétique plus faible.

Dans les contextes continentaux où les longues distances et les déplacements en masse prédominent, cette efficacité offre une voie pour réduire l’intensité carbone tout en maintenant des coûts logistiques compétitifs. Alors que les fabricants, exportateurs et importateurs africains se concentrent davantage sur la performance environnementale, conformément aux objectifs mondiaux de durabilité, le rail offre une option de fret qui complète ces ambitions.

PARTICIPATION DU SECTEUR PRIVÉ

La performance des infrastructures ferroviaires sur plusieurs marchés africains a historiquement souffert du sous-investissement et des monopoles étatiques. Conscients de cela, les décideurs politiques explorent de plus en plus des moyens d’impliquer l’expertise du secteur privé dans les opérations ferroviaires de fret.

Par exemple, le corridor Côte d’Ivoire–Burkina Faso qui s’étend sur environ 1 150 à 1 260 kilomètres entre le port d’Abidjan et Ouagadougou et comprend une ligne ferroviaire majeure reliant les deux pays. Ce lien de fret essentiel fonctionne dans le cadre d’un accord de concession via SITARAIL, une coentreprise (JV) entre Africa Global Logistics (AGL) et les autorités ferroviaires nationales des deux pays. La société conjointe SITARAIL a récemment mis en œuvre des investissements importants pour moderniser le matériel roulant du corridor, notamment l’acquisition de nouvelles locomotives et de wagons de marchandises supplémentaires afin d’augmenter la capacité de traction, d’améliorer la fiabilité opérationnelle et de réduire les temps de rotation sur l’axe Abidjan–Ouagadougou.

Ce modèle reflète un cadre public-privé structuré conçu pour renforcer la performance des corridors tout en maintenant la surveillance nationale. De tels arrangements démontrent comment la collaboration entre entités étatiques et opérateurs logistiques expérimentés peut contribuer à maintenir des routes commerciales intérieures cruciales reliant les économies enclavées aux portes maritimes.

En Afrique de l’Est, le corridor du chemin de fer à écartement standard Mombasa–Nairobi (SGR) joue un rôle essentiel dans le transport des conteneurs hors du port de Mombasa, offrant une alternative plus rapide et plus fiable au transport routier. Les trains de marchandises livrent des conteneurs à Nairobi en moins de 10 heures, contre près de deux jours en camion, ce qui réduit considérablement la congestion au port et améliore l’efficacité logistique nationale.

Le transport ferroviaire de conteneurs entre Mombasa et Nairobi continue de prendre de l’ampleur, atteignant des records historiques. En octobre 2025, la SGR a transporté 640 000 tonnes de fret en un seul mois, son niveau le plus élevé depuis le début des opérations, soit l’équivalent de 23 000 camions. Cette croissance rapide confirme le rôle central du rail dans le débarras efficace des conteneurs du port de Mombasa, la réduction de la dépendance au transport routier et le renforcement de sa position comme colonne vertébrale du mouvement de conteneurs au Kenya — réduisant significativement les coûts logistiques tout en limitant le trafic de camions lourds le long du corridor Mombasa–Nairobi.

Ces réformes reflètent une tendance plus large d’engagement public-privé dans la logistique ferroviaire, où les opérateurs commerciaux apportent des capacités opérationnelles, de la technologie et du capital pour compléter les infrastructures de l’État, améliorant ainsi la performance globale des corridors.

L’APPROCHE INTERMODALE DU MSC

Pour les opérateurs logistiques tels que MSC, le rail fait partie d’un réseau intégré qui le combine avec le transport routier et maritime pour déplacer le fret sans interruption de l’origine à la destination. MSC a récemment révélé qu’elle renforçait les solutions autour de ses capacités intermodales bien établies, démontrant comment elle assure un véritable transport de bout en bout au-delà du port. Cela implique des corridors intérieurs stratégiques – Côte d’Ivoire–Burkina Faso, Cameroun, Afrique du Sud, Kenya et Nacala–Malawi – qui jouent un rôle clé dans la connexion des régions enclavées aux portes côtières, chacune étant centrale pour le mouvement efficace des marchandises à travers certaines des chaînes d’approvisionnement les plus actives commercialement d’Afrique.

La compagnie maritime évalue en permanence les opportunités de renforcer et d’étendre ce réseau afin d’améliorer la connectivité du marché et d’offrir aux clients des options alternatives de routage. Un exemple clé est le corridor de Lobito, qui relie les régions riches en minéraux de la Copperbelt de la République démocratique du Congo et de la Zambie à l’Atlantique via le port de Lobito en Angola. Ce corridor représente une renaissance des infrastructures et un changement structurel dans l’architecture commerciale de l’Afrique australe, offrant une alternative atlantique pour les exportations de cuivre et de cobalt, réduisant les temps de transit vers l’Europe et les Amériques, et renforçant les objectifs d’intégration régionale dans le cadre de l’ALCACA.

Le rail est crucial dans la solution plus large du transport intermodal, et il a un sens opérationnel et économique. En intégrant le rail dans les solutions logistiques intérieures, MSC soutient les flux de fret entre les ports et les marchés de l’arrière-pays d’une manière qui complète le transport routier et s’aligne étroitement avec les horaires maritimes. Cette approche menée par les corridors reflète une réponse pratique aux contraintes de capacité, à la congestion et à la demande croissante de connectivité intérieure fiable à travers l’Afrique.

L’expansion commerciale de l’Afrique dépend de la manière dont les modes de transport s’interconnectent pour soutenir la complexité économique croissante. Le commerce régional de MSC se renforce et les infrastructures évoluent, le rôle du rail comme colonne vertébrale du paysage commercial africain deviendra encore plus concret, soutenant la participation compétitive au commerce mondial.

INFO : MSC

 

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