« Les rédactions doivent établir un contrat professionnel social intégrant une co-responsabilité Intelligence Artificielle et Être humain »
À l’heure où l’Intelligence artificielle (IA) générative s’invite dans les rédactions, le métier de journaliste connaît une profonde mutation. Pour Dr Kouamé William Yoboué, Enseignant-chercheur à l’Institut des Sciences et Techniques de la Communication (ISTC-Polytechnique) d’Abidjan, les rédactions doivent établir un contrat professionnel social intégrant une co-responsabilité Intelligence Artificielle et Être humain. Le Chercheur était l’animateur principal d’une session de formation ANP Academy, organisée à Abidjan, le jeudi 13 août 2026, à l’Autorité Nationale de la Presse sur le thème : « Le journaliste face à l’Intelligence Artificielle : entre éthique, responsabilité et innovation ». Nous vous proposons l’interview qu’il a accordé à l’ANP.
Pour une utilisation responsable et éthique de l’IA dans les rédactions, vous proposez un contrat professionnel social. Quels sont les piliers de ce contrat social et que doit-on en attendre ?
Le fondement du nouveau contrat dont je parle est une co-responsabilité IA–Humain. L’IA est un acteur technique, et l’humain reste l’acteur éthique et juridique. Les piliers du nouveau contrat professionnel, pour être responsable, sont la transparence algorithmique qui implique une obligation pour le journaliste de signaler les contenus générés ou assistés par IA.
Il y a également la vérifiabilité et fiabilité de l’information. Il s’agit ici de la vérification par un professionnel, avant la diffusion de toute information produite par l’IA.
Il y a en outre le principe de non-malfaisance informationnelle, c’est-à-dire le devoir ne pas produire ou amplifier une information malveillante. Il faut y ajouter la responsabilité juridique distribuée entre média diffuseur, concepteur d’IA et l’utilisateur professionnel.
Puis, il y a la redéfinition des normes déontologiques journalistiques, à savoir la maîtrise de l’usage de l’IA et le fact-cheking.
L’intelligence artificielle est aujourd’hui omniprésente dans tous les secteurs d’activité, dont le journalisme. Quelles limites éthiques le journaliste ne doit-il pas franchir dans son utilisation ?
Le journaliste ne doit jamais publier une information non vérifiée, car l’IA peut produire des erreurs, des informations fausses. La vérification des faits et le recoupement des sources restent une responsabilité exclusivement humaine.
Il est en outre fondamental de préserver la vérité et la transparence. Il est en effet contraire à l’éthique d’utiliser l’IA pour fabriquer des citations, modifier des images, créer de faux témoignages ou tromper le public.
Le respect des droits et de la dignité des personnes est exigé. L’utilisation de l’IA ne doit jamais porter atteinte aux droits d’auteur, à la vie privée, au secret des sources ou à la dignité humaine.
La désinformation et la manipulation sont virales sur les plateformes informatives. Comment peut-on vérifier efficacement et rapidement les contenus générés ou modifiés par l’IA pour éviter les infox ?
A cet effet, il importe de mettre en place un protocole de fact-checking assisté par l’IA.
L’IA peut devenir un allié de la lutte contre la désinformation, si elle est utilisée pour détecter les incohérences, identifier les contenus suspects, traduire des documents et accélérer la veille, tout en laissant la décision finale au journaliste.
La rapidité ne doit pas servir d’argument pour écarter la rigueur. Alors, il faut utiliser des outils de recherche inversée d’images, vérifier les métadonnées lorsque cela est possible et observer les incohérences visuelles ou sonores.
Quel équilibre trouver entre la vitesse de production offerte par l’IA et la rigueur de l’enquête humaine ?
L’IA doit être utilisée pour accélérer les tâches techniques (veille, transcription, résumé, traduction, recherche documentaire), tandis que l’analyse, la contextualisation, la vérification et la décision éditoriale restent exclusivement humaines.
Quelles compétences indispensables le journaliste de demain devra-t-il acquérir pour maîtriser les technologies dont l’IA, sans perdre son esprit critique ?
Le journaliste devra réunir trois formes d’intelligence : l’intelligence artificielle pour gagner en efficacité et en productivité, l’intelligence critique pour vérifier les faits et garantir la vérité, et l’intelligence humaine pour produire une information responsable, pertinente et adaptée aux attentes des publics.
SOURCE : ANP