Ce jeudi 11 décembre 2025 à Genève en Suisse, l’Association du transport aérien international (IATA) a présenté, via un communiqué de presse dont nous avons reçu copie, ses perspectives pour l’Afrique dans le cadre des prévisions mondiales du secteur pour 2026, à l’occasion de la table ronde dédiée aux médias africains organisée aujourd’hui.
Si le continent devrait surpasser la croissance mondiale du trafic aérien l’an prochain, il continue de faire face à certaines des conditions d’exploitation les plus difficiles du monde, ce qui se traduit par la part la plus faible des bénéfices mondiaux du secteur et des marges extrêmement réduites.
UNE CROISSANCE SUPÉRIEURE À LA MOYENNE MONDIALE, MAIS UNE RENTABILITÉ TOUJOURS FAIBLE
L’IATA prévoit une croissance mondiale du transport aérien de 4,9 % en 2026, légèrement en dessous des 5,2 % attendus en 2025. L’Afrique devrait faire mieux que la moyenne mondiale avec une croissance de 6,0 % en 2026. La demande de fret augmentera de 2,6 % au niveau mondial en 2026, tandis que celle de l’Afrique progressera plus modestement, à 2 %.
Malgré une demande supérieure à la moyenne, les perspectives financières demeurent difficiles. Sur les 41 milliards de dollars de bénéfice net mondial attendus en 2026 (soit une marge de 3,9 %), les compagnies aériennes africaines ne devraient générer que 200 millions de dollars, représentant une marge de 1,3 %, la plus faible de toutes les régions. Cela correspond à 1,3 dollar de bénéfice par passager, contre une moyenne mondiale de 7,9 dollars.
« La demande de transport aérien en Afrique augmente plus rapidement que dans de nombreuses autres régions du monde, mais la rentabilité ne suit pas. Avec des marges de seulement 1,3 %, les compagnies africaines ne captent qu’une infime partie de la valeur économique du secteur aérien. Supprimer les obstacles qui freinent la croissance est essentiel pour que l’expansion du trafic se traduise également par une véritable solidité financière pour la région », a déclaré Kamil Al-Awadhi, vice-président régional de l’IATA pour l’Afrique et le Moyen-Orient.
DES COÛTS ÉLEVÉS QUI PÉNALISENT L’AVIATION AFRICAINE
L’IATA souligne que les compagnies africaines évoluent toujours dans l’un des environnements les plus difficiles au monde.
Les principales contraintes sont : le faible PIB par habitant, limitant la demande et augmentant la sensibilité aux prix ; les coûts d’exploitation élevés par rapport à la moyenne mondiale (Carburant : +17 % ; taxes et redevances : +12 à 15 % ; redevances de navigation aérienne : +10 % ; maintenance, assurances et coûts du capital : +6 à 10 %)
La connectivité est limitée. Car seulement 19 % des liaisons intra-africaines disposent de vols directs ; les fonds bloqués avec l’Afrique qui reste le principal contributeur à ce problème.
En effet, sur les 1,2 milliard de dollars de fonds de compagnies aériennes bloqués dans le monde en octobre, 79 % (954 millions de dollars) concernent l’Afrique.
L’Algérie est désormais le premier marché de fonds bloqués.
UN FORT POTENTIEL À LONG TERME
Malgré les difficultés actuelles, le secteur aérien africain dispose d’un potentiel considérable sur le long terme. Au cours des 20 prochaines années, le marché devrait croître en moyenne de 4,1 % par an, pour atteindre 411 millions de passagers, soit le troisième taux de croissance le plus rapide au monde. La concrétisation de ce potentiel nécessitera des réformes ciblées afin de réduire les obstacles, améliorer l’accessibilité financière et renforcer la connectivité.
Les avancées récentes en matière d’ouverture des visas sont particulièrement encourageantes : cinq pays offrent désormais l’accès sans visa à tous les ressortissants africains : le Bénin, la Gambie, le Rwanda, les Seychelles et le Ghana ; 28 % des déplacements intra-africains sont désormais sans visa, contre 20 % en 2016 ; 26 pays proposent aujourd’hui des e-visas, contre 17 en 2016.
Ces progrès témoignent d’un élan vers une plus grande mobilité, le développement du commerce et l’intégration régionale.
UNE ACTION GOUVERNEMENTALE INDISPENSABLE POUR LIBÉRER LE POTENTIEL DE L’AVIATION AFRICAINE
L’IATA appelle les gouvernements africains à renforcer leur collaboration avec le secteur et à se concentrer sur quatre actions prioritaires :
- Reconnaître l’aviation comme un levier stratégique de développement économique, et non comme une simple source de recettes fiscales, tout en évitant les taxes et redevances excessives ;
- Investir dans des infrastructures efficaces et évolutives, sans faire peser des coûts insoutenables sur les compagnies aériennes et les passagers ;
- Faciliter l’accès au marché et renforcer la concurrence en poursuivant la mise en œuvre de la Décision de Yamoussoukro et du Marché unique du transport aérien africain (SAATM) ;
- Améliorer l’accessibilité financière et la connectivité afin de générer des retombées économiques et sociales plus larges.
« Le potentiel du transport aérien africain est immense. Avec le troisième taux de croissance le plus rapide au monde d’ici vingt ans, le continent pourrait accueillir plus de 400 millions de passagers par an d’ici 2044. Nous constatons déjà des avancées encourageantes – comme l’ouverture des visas et l’adoption des e-visas – qui favorisent la mobilité et l’intégration. Mais pour transformer ce potentiel en performances concrètes, une action forte est nécessaire. Les gouvernements doivent considérer l’aviation comme un catalyseur du développement, et non comme une source de revenus. Cela implique de réduire les coûts, d’améliorer les infrastructures et de faire progresser la libéralisation du marché à travers la Décision de Yamoussoukro et le SAATM. Avec un soutien politique approprié, l’aviation peut devenir un puissant moteur de transformation économique en Afrique », a conclu Al-Awadhi.
S.A
AVEC COMMUNIQUE IATA