Le continent africain se trouve à un tournant décisif en 2026. Bien qu’il abrite certaines des économies les plus dynamiques au monde et une population jeune et dynamique, ses progrès ont toutefois été éclipsés par une multitude de défis sécuritaires.
Des insurrections au Sahel aux troubles civils au Soudan en passant par l’instabilité persistante dans la région des Grands Lacs, les menaces sont de plus en plus transnationales, asymétriques et complexes.
Les conceptions traditionnelles d’une sécurité centrée sur l’État se sont révélées de plus en plus insuffisantes pour relever les défis sécuritaires auxquels le continent est confronté.
La coopération multilatérale entre les États africains, les organismes régionaux et les partenaires internationaux devient donc une nécessité stratégique pour la survie du continent.
A l’avant-garde de cette approche sécuritaire multilatérale sur le continent se trouve l’Union africaine (UA), dans le cadre de son Architecture africaine de paix et de sécurité (AAPS).
Dans le cadre de cette architecture, l’UA a constamment plaide en faveur de « solutions africaines aux problèmes africains », un slogan qui a gagné du terrain.
L’UA s’est efforcée de se distinguer de son prédécesseur, l’Organisation de l’unité africaine (OUA), en adoptant une approche moderne de la résolution des problèmes sur le continent, fondée sur un principe de non-indifférence.
Autrement dit, l’UA a adopté une approche plus proactive face aux problèmes par rapport à l’OUA.
Ce changement de cap a permis à l’UA d’intervenir dans les États membres en cas de circonstances graves, telles que des crimes de guerre ou le génocide, reflétant une conception moderne de la souveraineté comme une responsabilité plutôt qu’un bouclier.
L’UA a en outre encouragé les Communautés économiques régionales (CER) à prendre en main et à jouer un rôle plus proactif dans leurs régions respectives en faveur de la paix.
Cette approche repose sur la logique que les CER les plus proches d’un conflit donné possèdent la compréhension la plus approfondie de ses causes, de sa dynamique et les enjeux majeurs de sa résolution.
Le maintien de la paix est l’une des pierres angulaires des efforts multilatéraux visant à consolider la paix sur le continent africain.
Diverses initiatives multilatérales ont renforcé l’idée que le maintien de la paix doit aller au-delà du simple objectif de maintenir un cessez-le-feu.
Parmi les exemples notables, on peut citer des initiatives multilatérales telles que la Mission de transition de l’Union africaine en Somalie (ATMIS) et la Mission de la SADC en République démocratique du Congo (SAMIDRC).
Ces deux missions, parmi d’autres, illustrent l’évolution vers des missions de maintien de la paix qui intègrent l’action militaire à la réconciliation politique et à l’aide humanitaire.
Elles ont contribué à souligner la nécessité pour ces missions d’être ancrées dans le droit international et de bénéficier d’un consensus régional. Ces missions continuent de progresser en grande partie parce qu’elles ont répondu aux questions de légitimité et de mandat. La légitimité a été cruciale pour gagner la confiance des populations locales, en particulier dans les régions en proie aux conflits.
Le multilatéralisme a également joué un rôle crucial dans la concrétisation de diverses initiatives de sécurité, car il crée une plateforme permettant la mise en commun des ressources financières et militaires.
Un exemple éloquent des possibilités qui existent à cet égard est la proposition du Chef de l’Etat kenyan, William Ruto, en sa qualité de champion de la réforme institutionnelle de l’UA, d’augmenter le Fonds de paix de l’Union africaine (UA) d’environ 400 millions à 1 milliard de dollars, afin de renforcer la capacité autonome du continent en matière de résolution des conflits et d’opérations de paix.
Cette initiative vise à créer un financement durable pour la médiation, la diplomatie préventive et la gestion des crises, contribuant ainsi à réduire la dépendance à l’égard des partenaires extérieurs, avec des propositions visant à mobiliser les institutions financières africaines à cet effet.
La médiation est un autre domaine dans lequel le multilatéralisme mené par l’Afrique s’est efforcé de réussir dans la résolution des conflits.
Elle demeure un des outils les plus efficaces pour assurer une stabilité à long terme.
Grâce au multilatéralisme, les crises majeures et complexes continuent d’être traitées. Un exemple probant est le mécanisme du « Quintet », composé de l’Union africaine (UA), de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), de la Ligue des États arabes, de l’Union européenne (UE) et des Nations unies (ONU), qui œuvrent à la résolution de la crise au Soudan.
Cette plateforme multilatérale a permis de coordonner ces divers acteurs internationaux, en tirant parti de leurs différentes synergies et expériences respectives.
Les parties en conflit ont pu rechercher les conditions de médiation les plus favorables auprès de différentes organisations. Ce front uni a permis de garantir une pression constante sur les belligérants et de faire en sorte que les accords de paix qui en résultent soient largement reconnus.
Des efforts efficaces de lutte contre le terrorisme (CT) menés par l’Afrique, soutenus par des partenariats internationaux, restent également essentiels pour la stabilité régionale, le développement économique et la protection des droits de l’homme.
Ces efforts de lutte contre le terrorisme combinent des opérations de paix de l’Union africaine (UA) et des forces opérationnelles régionales, qui sont passées d’une action purement militaire à la prévention de l’extrémisme violent.
L’UA a mené les efforts régionaux, par le biais de la Convention de 1999 sur la prévention et la lutte contre le terrorisme et du Plan d’action de 2002. Parmi les autres solutions africaines figurent l’amélioration du partage du renseignements régional et la lutte contre les causes profondes telles que la pauvreté, qui constitue le terreau d’une sécurité durable.
Parmi les autres efforts de lutte contre le terrorisme sur le continent, on peut citer la Force multinationale mixte (MNJTF), qui combat Boko Haram dans le bassin du lac Tchad, et la Force conjointe du G5 Sahel qui s’attaque à des groupes au Mali, au Burkina Faso et au Niger.
Des partenaires internationaux tels que l’ONU, l’UE et l’OTAN ont renforcé ces efforts en fournissant un renforcement des capacités techniques, des financements et des formations, garantissant ainsi que les solutions soient adaptées aux contextes locaux tout en respectant les cadres juridiques internationaux.
La coopération multilatérale ne s’est pas non plus limitée aux CER au sein du continent africain, mais s’est étendue aux partenaires financiers internationaux. Ces derniers ont joué un rôle crucial qui a contribué à la sécurité du continent africain.
Récemment, l’UE a reçu un prix de l’UA en tant que partenaire le plus précieux, illustrant ce que la coopération multilatérale moderne peut accomplir.
L’UE est restée le principal bailleur de fonds des opérations africaines de soutien à la paix (OSP), fournissant des ressources inestimables nécessaires au maintien de missions à long terme.
D’autres partenaires internationaux ont, en outre, apporté leur expertise technique dans des domaines tels que l’adaptation au changement climatique, cruciale dans la mesure où le stress hydrique et la rareté de ressources attisent les violences communautaires dans des régions comme la Corne de l’Afrique.
De plus, la coopération avec l’ONU est restée essentielle pour obtenir des contributions qui continuent de financer les missions menées par l’UA, garantissant ainsi qu’elles disposent de la même assise financière que les opérations traditionnelles de maintien de la paix de l’ONU.
En conclusion, la coopération multilatérale n’est plus un luxe – c’est la seule voie viable vers une Afrique sécurisée. En combinant la légitimité locale et la volonté politique des initiatives africaines avec le soutien financier et technique des partenaires internationaux, le continent peut progresser vers une sécurité durable.
UNE CONTRIBUTION DE ARTHUR OLANDA
(Directeur de la Division de la paix et de la sécurité, Département d’État pour les affaires étrangères au Kenya)