Face aux dégâts causés par le tabagisme en Côte d’Ivoire avec plus de 9.000 décès par an et un investissement d’environ 28 milliards de FCFA de l’État pour la prise en charge des maladies liées au tabagisme, nous avons fait une incursion dans le milieu pour en savoir plus. Reportage.
Le mercredi 29 avril 2026, il est 17heures 35 minutes. Nous sommes à Koumassi, quartier Saint-Étienne où un groupe de jeunes a l’habitude de se retrouver pour fumer la chicha. Entre une Église et le quartier Adjoukrou, nous approchâmes trois jeunes âgés d’à peine 25 ou 30 ans.
Nous nous montrâmes intéressés par le matériel qu’ils fumaient en bordure de la voie principale, dans une ambiance conviviale, digne d’un jour de fête.
« Bonsoir les gars, c’est la chicha que vous fumez », nous nous adressâmes à eux en ces termes.
« Bonsoir monsieur, oui c’est la chicha », nous répondit un d’entre eux.
A la question de savoir combien coûte l’appareil, car nous nous sommes montrés intéressés, un autre qui fumait la chicha, nous répondit qu’il l’a acheté à 25.000 FCFA à Marcory-Zone 4C parce qu’il est ami au commerçant.
Il a précisé qu’il y en a de différents prix : 30.000FCFA, 35.000 FCFA et même 50.000FCFA.
Par curiosité, nous leur demandâmes les produits utilisés pour fumer une chicha.
Ils ont parlé de cartouches parfumées, de charbon…
A part Marcory Zone 4 C, nous leur demandâmes s’il y a d’autres points de vente.
Ils m’informèrent qu’il y a deux boutiques à Treichville : une à l’Entente et l’autre à l’Avenue Abla Pokou où nous pourrions en avoir bon marché.
Après des échanges sympathiques, nous prîmes congé d’eux.
Nous traversâmes le quartier jusqu’aux environs de la Grande Mosquée de Koumassi.
Nous fûmes attirés par un restaurant où une bande de jeunes filles et garçons festoyaient autour de bouteilles d’alcool.
Malgré l’affiche indiquant l’interdiction de fumer dans l’espace, un homme d’un âge avancé, fumait tranquillement sa pipe en consommant du vin rouge.
A deux mètres le lui, des jeunes (filles et garçons) consommaient de la bière avec pour certains, de la cigarette aux lèvres.
Autour d’une bouteille de sucrerie, nous observâmes toutes ces scènes.
Nous demandâmes finalement à la serveuse du maquis, la raison pour laquelle malgré l’affiche d’interdiction de fumer, plusieurs clients consommaient le tabac.
Elle nous répondit qu’elle travaille dans ce maquis depuis six mois et que le responsable des lieux n’y voyait aucun inconvénient.
Elle vendait même de la cigarette sur place.
Elle nous confia que quelque fois des jeunes venaient avec leur chicha pour la consommer.
Dans ce brouhaha, était couché le fils de la serveuse, un enfant d’à peine deux ans.
Il a fini par se réveiller sans doute à cause du bruit.
Nous expliquâmes à sa mère qu’elle et son bébé étaient des fumeurs passifs et qu’elle devrait faire beaucoup plus attention pour éviter des maladies pulmonaires, l’insuffisance rénale, les bronchites et autres qui causent la mort de plusieurs personnes en Côte d’Ivoire.
Elle nous répondit toute souriante, qu’ils étaient habitués.
Nous nous retirâmes du lieu pour éviter d’inhaler davantage la fumée de la cigarette qui se propageait de plus en plus dans l’air qu’on respirait, assis à six ou sept mètres de la bande de personnes joyeuses.
Le jeudi 30 avril 2026, dans l’intention d’en savoir plus sur le phénomène de chicha, nous prîmes la route pour Treichville, Avenue Abla Pokou.
Arrivés aux environs de 15 heures, nous n’eûmes pas de mal à retrouver le magasin de vente de chichas à toutes les bourses.
Nous demandâmes le prix minimum d’une chicha au commerçant, très ouvert et accueillant.
Il nous proposa les moins coûteux à 20.000 FCFA l’unité.
Nous lui proposâmes de revenir incessamment pour en acheter plusieurs afin d’aller les revendre à l’intérieur du pays.
Alors, il baissa le prix d’une chicha à 15.000 FCFA pour nous permettre de réaliser un bénéfice.
Il nous proposa la recharge à 5000 FCFA les 250 Grammes et 15.000 FCFA le kilogramme.
Il vend le charbon à 3.500 FCFA le paquet et l’aluminium à 10.000 FCFA.
Quant aux cartouches, elles coûtent 1.000 FCFA ou 5.000 FCFA en détails, en fonction de la qualité.
En matière de senteur, il proposa la Pomme, l’Hawaï, le Love 66, la Menthe et autres.
A la question de savoir comment préparer la chicha, il nous énuméra les différentes étapes, à savoir : le remplissage du vase en y versant de l’eau.
Il expliqua que le bas de la tige métallique (le plongeur) doit être immergé de 2 à 3 centimètres environ.
Pour le commerçant, la préparation du foyer est l’étape la plus importante pour le goût : émietter le tabac. L’air doit pouvoir circuler entre les feuilles. Laisser un espace. Remplir jusqu’à 2 ou 3 mm du bord. Le tabac ne doit jamais toucher l’aluminium ou le système de chauffe sinon, il brûlera instantanément et le goût sera âcre.
La troisième étape consiste à la mise en place de la chauffe. Si l’on utilise de l’aluminium, tendre bien une feuille épaisse sur le foyer, percer de nombreux petits trous avec une épingle, de façon uniforme.
« La quatrième étape consiste à l’allumage des charbons au briquet jusqu’à ce qu’ils ne crépitent plus. Pour les charbons naturels, utiliser un allume-charbon électrique ou à gaz », ajouta -t-il.
Ils doivent, selon lui, être incandescents (rouges) sur toutes les faces avant d’être posés.
La dernière étape consiste à poser les charbons sur le bord du foyer, attendre 2 à 3 minutes que le tabac chauffe doucement avant de tirer les premières bouffées.
Si la fumée devient trop forte, décalez un peu les charbons vers l’extérieur.
Nous le remerciâmes pour sa disponibilité et lui promîmes de revenir pour acheter un stock.
Le vendredi 1er mai 2026, nous nous retrouvâmes à Adjamé-220 Logements. Il était 14 heures15minutes.
Sous un soleil de plomb, nous prîmes place dans un espace plein air doté d’un restaurant et d’un bar climatisé.
L’espace a refusé du monde sans doute grâce à la fête du Travail, jour férié où plusieurs personnes étaient venues se défouler.
L’alcool a coulé à flot pour certains. D’autres clients se sont adonnés à la cigarette, aux cigares, à la chicha et autres en entonnant des chants et esquissant des pas de danses, certainement sous l’effet de l’alcool et des stupéfiants.
Lorsque nous quittions les lieux aux environs de 16 heures, l’ambiance était à son paroxysme.
Personne ne se souciait des dangers de l’alcool, du tabagisme actif et passif.
Tous les regards sont tournés vers l’Etat qui est capable de mettre fin à ce désordre.
Le conditionnement neutre doit toucher tous les produits du tabac et dérivés, pour sauver les populations des maladies mortelles.
SAMUEL AMANI
Propos de…
Yao Kan Martial, Tenancier de Maquis à Abidjan, Koumassi
« Le tabagisme provoque des maladies graves »
Le tabagisme n’est pas une bonne chose. Car il provoque des maladies graves telles que les cancers de gorge et de poumons. Presque tous mes amis sont des fumeurs. Mais vu leurs aspects dangereux de la cigarette, la chicha et autres, ces produits ne m’ont jamais intéressé. Je demande aux fumeurs de s’abstenir ou de consommer le tabac avec modération. Souvent des clients nous font des palabres lorsque nous leur demandons de ne pas fumer dans le maquis, dans la mesure où les non-fumeurs sont aussi exposés aux maladies. L’Etat doit faire le suivi de l’interdiction de la consommation de la cigarette dans les lieux publics.
Dedo Gnadou Noël, Gérant de TPE (Très petite entreprise à Port-Bouët)
« Je déconseille la consommation du tabac, même à mon ennemi »
Je déconseille la consommation du tabac et dérivés, même à mon ennemi. Mon oncle qui faisait office de père adoptif était un fumeur extraordinaire parce que même dans la douche, il avait toujours une cigarette aux lèvres. Malgré les récurrentes interventions de ses frères aînés et amis, il n’a jamais accepté d’arrêter de fumer. Cela a provoqué une insuffisance rénale à son niveau. Le mal l’a rongé et ruiné jusqu’à son dernier souffle. Il faut que les gouvernants prennent des dispositions pour épargner les populations les plus jeunes de ce fléau qui prend de l’ampleur.
Kouassi Koffi Romain, Agent de santé communautaire
« Certains malades meurent dans de piteux états »
La cigarette, le cigare, la chicha, la e-cigarette sont néfastes pour la santé. En plus de s’attaquer aux parties génitales de l’homme en créant des dysfonctionnements érectiles, ils provoquent des maladies pulmonaires, cardiaques, rénales, respiratoires et autres qui causent plusieurs décès par an en Côte d’Ivoire. Les chiffres sont effrayants : plus de 9.000 morts. Certains malades meurent dans de piteux états et complètements appauvris par les soins médicaux très coûteux. L’Etat doit faciliter la tâche aux organisations qui luttent contre le tabagisme et contraindre les industriels du tabac au conditionnement neutre. En outre, l’interdiction de fumer dans les lieux publics et transports en commun doit être une réalité.
Edwige N’guessan, Commerçante à Koumassi et Adjamé
« L’Etat doit prendre des dispositions pour sauver la jeunesse »
Je me demande souvent quel est le plaisir que les fumeurs de cigarette, de cigare, de chicha tirent de ces substances que des spécialistes du tabac qualifient de nocives et source de maladies mortelles. Nous demandons à l’Etat de prendre des dispositions pour sauver la jeunesse. Car beaucoup d’élèves s’adonnent au tabagisme.
Recueillis par S.A
UNE « TOLÉRANCE ZÉRO S’IMPOSE »
Le tabagisme n’épargne par la vie des fumeurs habituels et celle des fumeurs passifs, de tous les âges et de toutes les classes sociales.
Des campagnes de sensibilisation sont souvent organisées par des structures de lutte contre le tabagisme avec l’appui du ministère de la Santé.
Malgré ces actions, le fléau persiste et gagne du terrain.
Dans les rues du pays, les gares routières, les bars climatisés, les maquis, les Night clubs et autres espaces plus discrets comme les couloirs de certaines cités, les populations consomment impunément le tabac et produits dérivés.
Par exemple la chicha ou le tabac chiqué qui sont selon des experts, plus dangereux que la cigarette, circulent.
Des magasins sont spécialement ouverts dans toutes les communes pour approvisionner les jeunes en chicha ; notamment les élèves.
Ceux-ci, après la consommation de ces stupéfiants, défient leurs camarades, les professeurs et même l’Etat.
Les arrêts de cours à une ou deux semaines des dates fixées par l’Etat, sont souvent provoqués par des élèves aidés par des vandales, tous excités par la consommation de stupéfiants, d’alcool et même de drogues.
Quelques fois, certains sont mis aux arrêts et emprisonnés. Ils sont livrés quelques semaines plus tard.
Mais la racine du problème demeure.
L’Etat doit soutenir davantage des structures comme le CLUCOD, le ROCTA-CI, le CILTAS-MS et autres, pour la réduction considérable des dégâts causés par ce fléau.
Après la carotte, le bâton s’impose pour sauver des vies ; surtout celle de la jeunesse.
L’Etat qui détient les moyens de répression doit en faire usage.
Une « Tolérance Zéro » contre ceux qui piétinent la législation, s’impose pour mettre fin à cette ‘’récréation’’ qui n’a que trop durée.
S.A