Située à environ 400 kilomètres d’Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire, Katiola est communément appelée la capitale de la poterie traditionnelle ivoirienne. Cette ville abrite un trésor culturel unique : l’art de la poterie Mangoro. Transmis de mère en fille depuis des générations, ce patrimoine culturel immatériel allie techniques ancestrales, rites sacrés et enjeux de développement socio-économique. Alors que la première édition du Festival international des potiers de Côte d’Ivoire s’est déroulée du 25 au 27 juin 2026 à Katiola, les acteurs locaux alertent sur l’urgence de préserver et valoriser ce savoir-faire d’exception. D’où viennent les Mangoro ? Que leur rapporte la poterie ? Ce métier est-il réservé à tous ?
Originaires du Mandé (actuel Mali), les Mangoro sont un peuple mandingue installé dans le Centre-Nord de la Côte d’Ivoire, principalement dans la vallée du Bandama, à Katiola et environs (Darakokaha, Nangbotokaha, Ourougbankaha, ainsi que le quartier Mangorosso).
Leur arrivée remonte au début du XVIIIᵉ siècle.
Bien qu’ils aient cohabité avec les Tagbana, ils n’appartiennent pas à la même famille linguistique.
Autrefois appelés Djeli, ils étaient dirigés par le chef Séroulé Koné.
Le nom « Mangoro » provient de l’arbre Mahan, sous lequel résidait Séroulé Koné.
Activité exclusivement féminine, la poterie se transmet depuis des siècles par l’observation directe et la pratique assidue aux côtés des mères.
UN PROCESSUS DE FABRICATION CODIFIE ET SACRE
Le savoir-faire Mangoro se distingue par un processus rigoureusement codifié et teinté de spiritualité.
L’extraction sacrée de l’argile est réalisée dans des carrières dédiées. Elle est soumise à des interdits stricts.
En fait, c’est pendant la saison sèche, que les femmes vont piocher à la carrière pour recueillir l’argile.
Chacune envoie sa part à la maison. Elle garde la substance pour faire des pots, des canaris et autres.
Cela se fait une fois dans l’année.
En clair, on ne va pas piocher à la carrière pendant la saison des pluies pour recueillir de l’argile, de peur qu’il ait un éboulement.
C’est la raison pour laquelle que les chefs traditionnels veillent au grain.
En outre, il est formellement interdit de s’y rendre les lundis et vendredis.
Les dimanches, les femmes potières peuvent y travailler, mais il leur est défendu d’apporter l’argile au village.
La matière (argile) était autrefois pilée sur une peau de bœuf.
Elle est aujourd’hui travaillée sur une épaisse bâche en plastique pour obtenir une texture homogène.
Le façonnage traditionnel est entièrement réalisé à la main. Le récipient est lissé à l’aide de galets ou de rafles de maïs, puis ajusté avec un couteau de finition appelé ‘’woya’’.
LA CUISSON ET LE MYSTICISME
La cuisson s’effectue en plein air, sous la surveillance constante des potières qui interprètent les signes mystiques du feu.
La signature esthétique : l’application de motifs géométriques noirs, rouges et blancs confère aux œuvres, leur identité unique.
UNE DIVERSITÉ DE CRÉATIONS
Les œuvres sont diverses. Elles sont composées de soupières, canaris, jarres, pots de fleurs, boîtes à bijoux, tasses à café…
Les créations Mangoro allient utilité quotidienne, valeur rituelle et beauté artistique, faisant la fierté de toute la région du Hambol.
UN LEVIER ÉCONOMIQUE ET SOCIAL
La poterie offre aux femmes Mangoro une autonomie financière essentielle et renforce leur rôle au sein du foyer et de la communauté.
Plusieurs structures œuvrent activement à leur professionnalisation et à la commercialisation des œuvres.
Il s’agit de la Coopérative des potières de Katiola « Beikeleman », présidée par Coulibaly Karidia épouse Sanogo ; la Mutuelle de développement des potières Mangoro (MUDECOM) ; l’Association « Les Amis de la poterie Mangoro de Katiola ».
DES EVENEMENTS POUR FAIRE RAYONNER LA POTERIE MANGORO
Il est question du Festival de la poterie Mangoro (FESTIPOM).
Organisé depuis plus d’une décennie par la MUDECOM, le FESTIPOM s’apprête à lancer sa 12ᵉ édition, ce mois d’août 2026.
Placé sous le signe du partage, de la culture et de la valorisation du patrimoine Mangoro, cet événement s’annonce riche en découvertes et en célébrations.
Il y a également le Festival international des potiers de Côte d’Ivoire qui a eu lieu du 25 au 27 juin 2026 à Katiola.
Rassemblant des potiers venus de Dimbokro, du Gbêkê, de l’Iffou, d’Odienné, du Burkina Faso, du Mali et du Hambol, l’événement a proposé des expositions-ventes, des ateliers de formation, des conférences et des animations culturelles.
« Le Festival est un projet de développement culturel, social et économique. Placé sous le thème : « Argile, héritage et transmission », il se veut un espace de partage d’expériences, de mentorat et d’ouverture sur le monde. Notre ambition est claire : faire de Katiola la capitale mondiale de la poterie traditionnelle », a déclaré Coulibaly Koroko Francis, Commissaire général du Festival.
L’IMMERSION DE l’UNAJCOPCI
Le 5 février 2026, l’Union des journalistes et correspondants de presse de Côte d’Ivoire (UNAJCOPCI), section Hambol, a effectué une immersion culturelle dans la région.
À cette occasion, le délégué régional, Monsieur Wahou, a réaffirmé l’engagement de la presse à promouvoir les richesses culturelles du Hambol aux niveaux national et international.
RAYONNEMENT INTERNATIONAL
Du 28 au 30 mars 2026, des potières belges (Fabienne et Evelyne) ont effectué un séjour d’immersion à Katiola sur invitation de l’Association « Les Amis de la poterie Mangoro de Katiola ».
À l’issue des échanges, elles se sont engagées à promouvoir ce savoir-faire à l’international.
UN APPEL A LA MOBILISATION GENERALE
La poterie Mangoro dépasse le simple statut d’artisanat. C’est une mémoire, une identité et un pilier économique pour toute une communauté.
Sa pérennité exige aujourd’hui une mobilisation collective réunissant : autorités politiques, partenaires techniques et financiers, médias et acteurs culturels.
Il est important de préciser que la Maison des potières de Katiola est ouverte à tous pour découvrir et acquérir les œuvres façonnées par ces braves femmes.
WAHOU BLAISE (CORRESPONDANT REGIONAL)
TEMOIGNAGES, DEFIS ET PERSPECTIVES
Mme Coulibaly Karidia, épouse Sanogo, présidente des potières du département de Katiola, a fait le point des actions menées par sa structure, ‘’Beikeleman’’.
« J’ai fait former des femmes à la comptabilité simplifiée et l’État a pu leur délivrer des Certificats de qualification aux métiers (CQR), communément appelés le « CEPE des artisans ». La structure fait de la valorisation et la promotion de la poterie Mangoro son cheval de bataille. Nous entendons désormais mener des actions au-delà des frontières ivoiriennes », a-t-elle confié
Coulibaly Koroko Francis et Coulibaly Karidia font face à des défis majeurs :
La raréfaction des carrières d’argile et la déforestation avancée, qui empêche la coupe de bois pour les cuissons traditionnelles en raison de la réglementation environnementale ; la nécessité urgente d’acquérir des fours à gaz ou électriques pour pallier le manque de combustible végétal ; la baisse d’intérêt des jeunes générations pour l’apprentissage et la transmission de ce savoir-faire.
Il y a également le manque de soutien institutionnel (financements, équipements modernes, promotion internationale) ;
Le besoin d’organisation et de structuration de la filière pour lutter contre la dispersion des initiatives et capter davantage de financements.
Pour répondre à ces enjeux, la présidente des potières et ses collaboratrices préparent une audience avec le ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat, lui-même fils de la région, afin d’obtenir un accompagnement étatique structurant.
W.B