Le 29 avril 2026 à Addis-Abeba en Ethiopie, l’Association du transport aérien international (IATA) a demandé aux gouvernements africains de prioriser l’aviation comme facilitateur stratégique de développement économique et social.
L’information a été publiée via un communiqué de presse dont nous avons reçu copie.
« L’aviation constitue une infrastructure économique pour l’Afrique. Sa valeur réside dans les bienfaits à long terme qu’elle procure. Une stratégie aérienne orientée vers la sécurité, la compétitivité des coûts, la sécurité énergétique et la durabilité, et la facilité de faire des affaires va créer des emplois, faciliter le commerce, soutenir le tourisme ainsi qu’une intégration régionale accrue. La prospérité ainsi générée va permettre aux gouvernements d’accentuer le développement social et économique de façon plus durable que n’importe quelle taxe recueillie auprès des voyageurs », a déclaré Kamil Alawadhi, vice-président régional de l’IATA pour l’Afrique et le Moyen‑Orient, selon le communiqué.
En effet, dans le cadre de la Conférence Focus Africa à Addis-Abeba, en Éthiopie, l’IATA a pressé les gouvernements de déployer une stratégie complète pour l’aviation, comportant plusieurs éléments.
AMELIORATION DE LA SECURITE
L’Afrique a accompli des progrès importants en matière de sécurité aérienne. De 2024 à 2025, le taux d’accidents est passé de 12,13 à 7,86 par million de secteurs de vol, mais ce taux demeure bien supérieur à la moyenne mondiale de 1,32, et c’est le plus élevé parmi toutes les régions.
Pour améliorer davantage la sécurité en Afrique, l’IATA a demandé à tous les participants au Programme collaboratif d’amélioration de la sécurité aérienne (CASIP) de mobiliser des ressources dans trois domaines : à savoir :
Accentuer la mise en œuvre des normes et pratiques recommandées de l’OACI (SARP) par la mise en œuvre effective moyenne dans 46 des 48 États d’Afrique subsaharienne qui est de 60,34 %, alors que la moyenne mondiale est de 69,46 %, avec une cible mondiale de 75 %.
PUBLIER LES RAPPORTS D’ACCIDENT
Concernant ce chapitre, de 2019 à 2023, seulement 19 % des rapports d’accidents ont été achevés, contre une moyenne mondiale de 63 %.
Les rapports d’enquête d’accident retardés, incomplets ou non publiés occultent des enseignements utiles qui pourraient améliorer la sécurité. Cela fait ressortir la nécessité d’améliorer la conformité aux obligations d’enquête des États en vertu de l’Annexe 13 de la Convention de Chicago.
TIRER PARTI DES AUDITS MONDIAUX DE SECURITE
Ici, une utilisation accrue des programmes IOSA, ISSA et ISAGO pourrait renforcer la performance de sécurité des compagnies aériennes, appuyer la surveillance réglementaire efficace et promouvoir une approche uniforme de la sécurité opérationnelle basée sur le risque.
COMPETITIVITE DES COUTS
Le coût de faire des affaires en aviation en Afrique est élevé. Un élément clé de cet enjeu réside dans les taxes et les redevances imposées par les gouvernements et les fournisseurs d’infrastructures, qui représentent en Afrique un fardeau de 15 % supérieur à la moyenne mondiale. Pour régler ce problème, l’IATA demande de renverser la tendance à la hausse des redevances API-PNR. La redevance API-PNR de Tanzanie de 45 USD par aller simple est la plus élevée au monde, tandis que les redevances en Angola, en République démocratique du Congo, au Nigéria, au Ghana et au Kenya excèdent les normes mondiales. Les gouvernements qui profitent de ces prélèvements, ce qui va à l’encontre des SARP de l’OACI, causent des distorsions des prix des billets et nuisent à la connectivité.
En outre, elle souhaite la mise la en œuvre la décision de la CEDEAO de décembre 2025 visant à éliminer les taxes sur l’aviation et réduire les frais de 25 %. Une mise en œuvre intégrale et uniforme au niveau national, sans retard, est essentielle pour maximiser les bienfaits de la réduction des coûts de l’aviation.
Aussi, l’IATA sollicite-t-elle de préserver le régime de fiscalité des entreprises basé sur la résidence pour les compagnies aériennes. Les propositions émanant des pays d’Afrique dans le cadre des discussions sur la fiscalité à l’ONU et portant sur la fiscalité basée sur la source devraient être rejetées. La nature transfrontalière de l’aviation fait en sorte que la fiscalité basée sur la résidence (les impôts sont payés dans le pays du siège social) est la méthode de taxation des entreprises la plus efficiente et équitable.
La fiscalité basée sur la source constitue un risque de double taxation (ou pire) puisque la « source » d’un billet est souvent répartie sur plusieurs territoires.
FACILITE DE FAIRE DES AFFAIRES
L’élimination des obstacles pour faciliter les affaires est essentielle au succès de l’aviation.
L’IATA a souligné deux domaines d’intérêt particulier :
Assurer le rapatriement sans encombre des revenus conformément aux normes mondiales. Bien que les traités et les ententes bilatérales établissent le droit des compagnies aériennes de rapatrier les revenus obtenus dans l’ensemble de leur réseau, le défaut des gouvernements de se conformer à ces obligations fait en sorte que les fonds sont bloqués. Les pays d’Afrique comptent pour la plus grande proportion de fonds bloqués à l’échelle mondiale, avec un total de 774 millions USD bloqués à la fin de mars 2026.
L’Algérie compte le plus important montant de fonds bloqués, soit 258 millions USD.
Viennent ensuite le Mozambique (82 millions USD), l’Érythrée (78 millions USD) et l’Angola (73 millions USD).
« Étant donné l’ampleur des fonds bloqués en Algérie, une intervention urgente et décisive de la part du gouvernement est essentielle. Mais nos efforts auprès du ministère du Commerce et de la Promotion des exportations et de la Banque centrale ont donné lieu à peu de réactions et les compagnies aériennes continuent de subir des retards tout en se conformant à des exigences pénibles. En Algérie, et partout où les compagnies aériennes sont empêchées de recouvrer leurs revenus, les gouvernements doivent collaborer avec l’industrie pour trouver une solution viable, ou risquer des conséquences sur la connectivité », ajoute M. Alawadhi.
REDUIRE LES FARDEAUX LIES AUX VISAS
Près de la moitié des voyages à l’intérieur de l’Afrique comportent encore des exigences de visa qu’il faut obtenir avant le départ, ce qui réduit la mobilité régionale, le tourisme et l’intégration économique. Là où les exigences de visa ont été assouplies, les pays observent des flux touristiques plus forts, des routes plus résilientes et une plus grande utilisation des services aériens régionaux.
DURABILITE ET SECURITE ENERGETIQUE
Les récentes perturbations de l’approvisionnement mondial en énergie ont fait ressortir le lien entre la sécurité énergétique et la durabilité, en particulier pour ce qui concerne la production de carburants d’aviation durables (SAF).
L’IATA a souligné les avantages importants que l’Afrique pourrait obtenir en matière de sécurité énergétique, d’emplois et de revenus en alignant ses efforts de durabilité sur l’approche mondiale :
Soutenir le CORSIA et rendre disponibles les unités d’émissions admissibles (EEU).
Le CORSIA est la seule mesure économique acceptée mondialement pour gérer les impacts de l’aviation sur les changements climatiques.
Le continent africain a le potentiel de rendre 57,6 millions d’EEU disponibles aux compagnies aériennes qui en ont besoin pour satisfaire leurs obligations en vertu du CORSIA. Alors que cela constituerait une importante source de financement climatique pour le continent, seuls la Tanzanie, le Malawi, le Rwanda, la Gambie, la Sierra Leone, Madagascar et le Nigéria ont fait les démarches initiales pour entrer dans le marché.
L’IATA presse tous les gouvernements africains de faire usage de leur potentiel conformément à l’Accord de Paris.
PROMOUVOIR LA PRODUCTION DE SAF.
Le programme Global Feedstock Assessment de l’IATA indique que l’Afrique subsaharienne pourrait fournir jusqu’à 106 millions de tonnes de matières premières adéquates pour les SAF d’ici 2050, provenant en grande partie des résidus agricoles, des résidus forestiers et des rejets solides municipaux.
Cela pourrait être complété par des récoltes énergétiques provenant de terres marginales ou dégradées.
Avec des politiques fortes, prévisibles et basées sur les incitations, et des investissements dans les infrastructures de collecte et de traitement, la capacité actuelle annoncée de 1,5 Mt de carburant renouvelable pourrait s’accroître de façon exponentielle, créant des emplois et amenant la sécurité énergétique.
S.A
AVEC IATA